mana kikuta

Monument au jeune violoniste

collodion humide, plaques de verre, bois
12cm × 15cm × 20cm (60 plaques)
16cm × 20cm (1 plaque)
22cm × 27cm × 15cm (5 plaques)

avec soutien de Villa PEROCHON, Niort

2016

Dans son film “ Sans soleil ”, Chris Marker imagine l’histoire d’un homme qui vient du futur. Il vient d’un futur où l’Homme utilise toutes les capacités de son cerveau, c’est-à-dire aussi toutes les capacités de sa mémoire. Il n’oublie rien, c’est la pleine mémoire. Mais parce qu’il a oublié l’oubli, il ne ressent pas de frissons devant une peinture et il ne comprend pas la tristesse d’une odeur. Mais un jour en écoutant une mélodie de Moussorgski, “Sans soleil” justement, cet homme se met en tête de comprendre cette préhistoire de la mémoire, ce monde du temps qui fuit.



Dans “ Monument au jeune violoniste ” Mana Kikuta a imprimé au collodion humide sur plaques de verre les mouvements d’un enfant qui joue du violon. Elle y rejoue l’invention d’Eadweard Muybridge (1830-1904) qui — déjà avec le collodion humide — avait imaginé la chronophotographie. Mais elle en fait le chemin inverse et ramasse les photogrammes du film au même endroit. Les plaques de verre se superposent en une pile, en une stèle. Les images additionnées dessinent alors les rides d’un océan mystérieux. En profondeur on devine pourtant les mouvements d’une mélodie inaudible, le film d’un enfant qui grandit, d’un oubli à venir. Il ne s’agit plus de disséquer le monde mais au contraire de rendre à nouveau le vertige des choses qui s’effacent. Au mur, une plaque de verre seule fait face au monument, l’enfant dans un jardin imagine sans violon les gestes de la musique.